Une histoire, trois adresses
Le Ministère de la Crise du logement est un mouvement récent né de la collaboration entre trois associations dont l’intention est d’unir les forces du mouvement des squats à celles des associations classiques. Entretemps, le Ministère a évolué et est devenu un mouvement plus large qui ne cesse de grandir.
Avenue Louise 321
Au printemps 2006, trois associations bruxelloises se sont réunies pour réfléchir à une action commune. Elles voulaient unir leurs forces pour occuper un bâtiment vide et mener une action en faveur du droit au logement. Ces organisations étaient :
- 321 Logements, soit les anciens occupants de l’hôtel Tagawa, car ils savaient qu’ils allaient très probablement être expulsés de l’hôtel et qu’ils devraient implanter leur projet d’habitat social et collectif ailleurs.
- Chez Nous/Bij Ons, un centre d’accueil de jour pour sans-abri, qui voulait à partir de l’expérience positive de l’occupation du boulevard de Waterloo 103 construire un projet semblable, en accordant une attention toute particulière aux sans-abri et aux personnes à faibles revenus.
- Le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’habitat (RBDH/BBRoW), qui avait constaté l’existence à Paris de plusieurs associations qui étaient parvenues grâce à des actions d’occupation à remettre la question du logement à l’agenda politique. A cette époque en Belgique, se profilaient à l’horizon les élections fédérales.
Au cours des mois de préparation du Ministère, ces trois associations ont appris à mieux se connaître. Si elles se retrouvaient dans leurs grandes orientations, leur approche et leur stratégie respectives différaient parfois. Pendant ce temps, elles ont mis au point une charte, réfléchi à une stratégie et trouvé un bâtiment pour le Ministère de la Crise du Logement. C’est le nom qu’elles ont choisi pour désigner leur initiative par analogie avec Paris et d’autres villes de France.
Après avoir longuement cherché un bâtiment vide propice à nos objectifs, le Cloître du Gésù fut occupé le 1er avril. Le moment et la manière dont le lieu fut occupé ne pouvaient pas être symbolique. Les occupants de l’hôtel Tagawa étaient à la même époque sommés d’évacuer l’hôtel sur décision judiciaire. N’ayant pas trouvé de lieu adéquat pour le Ministère de la Crise du Logement, ils avaient sans grand enthousiasme décidé d’occuper un bâtiment industriel vide situé à Laeken. Le même jour, le Front Commun des SDF menait une action devant les locaux de l’hébergement hivernal du CASU, qui était fermé le jour, parce que l’hiver était terminé. Chez Nous, 321 Logements et le RBDH étaient venus soutenir l’action. durant l’action, un sympathisant nous a fait remarquer qu’un grand bâtiment était inoccupé, le Cloître du Gésù à Saint-Josse. Le soir même, les premiers occupants investissaient le cloîtré inoccupé.
Rapidement, le bâtiment fut occupé par une quarantaine de personnes. Il s’agissait des habitants qui, avec le soutien de quelques associations, avaient lancé le projet d’habitat collectif. Au même moment, une action en faveur du droit à l’habitat était menée par quelques associations telles que le RBDH, Chez Nous, Bonnevie, le Front Commun des SDF, l’Autre Lieu et l’UDEP, avec le soutien et l’aide d’une grande partie des habitants.
Le bâtiment situé près du Botanique à Saint-Josse, se prêtait à merveille à une telle initiative. Un lieu presque idyllique, au cœur de la ville, en bon état, construit à l’origine pour abriter un projet d’habitat collectif (un cloître pour Jésuites), disposant de grands espaces idéaux pour des activités publiques. Par ailleurs, ce lieu était hautement symbolique. Le propriétaire du bâtiment, l’ordre des Jésuites, voulait le vendre à un promoteur pour en faire un hôtel de luxe. Le bâtiment était vide depuis plus d’un an et l’église adjacente depuis presque vingt ans.
En avril et en mai 2007, les habitants se sont mis au travail. Ils se sont organisés, ont mis au point les modalités de leur cohabitation et ont accueilli de nouveaux habitants… Une série de débats autour du droit à l’habitat a été organisée à chaque fois sous l’angle des actions que l’on pourrait mener. Les thèmes abordés étaient notamment : le droit à l’occupation de bâtiments vices, l’habitat collectif, les problèmes de logement pour les familles nombreuses.
Entretemps, le combat mené s’est surtout porté sur le droit de rester dans le bâtiment. Au cours des premiers jours de l’occupation, beaucoup de choses ont été réalisées. Diverses organisations ont appris à se connaître, des gens aux parcours parfois très différents ont commencé à travailler ensemble. Des Bruxellois ont également soutenu l’occupation. Ce soutien s’est également manifesté le jour de l’occupation. Les habitants se sont opposés à l’éviction et ont la nuit installé un campement dans le parc du Botanique. Le lendemain matin, un nouveau bâtiment était occupé.
Rue Royale 123
Depuis le 25 mai 2007, le projet d’habitat collectif s’est installé dans un nouveau bâtiment ouvert par les habitants du cloître du Gésù dont ils venaient d’être explusés. un nombre d’habitants expulsés du cloître ont entretemps quitté le nouveau bâtiment et ont été remplacés par de nouveaux habitants. là aussi, l’intention était claire : combiner un projet d’habitat collectif avec une action politique pour le droit à l’habitat.
Le Ministère de la Crise du Logement et le groupe d’habitants se sont organisés dans deux structures séparées mais ils restent fortement liés. Dans le bâtiment de la rue Royale, le Ministère a organisé à l’automne 2007 une série de rencontres avec d’autres comités tels que le DAK (Daklozen Aktie Komitee) d’Anvers, le groupe de soutien de Gand aux Roms (ondersteuningsgroep Gentse Roma), la Mission Rave et Squat de Médecins du Monde Paris et Solidarités Nouvelles en Wallonie. Ces groupes sont tous actifs au sein du Ministère de la Crise du Logement.




